vendredi 6 avril 2007

je suis ...


ciel! mon café



Le ciel rampe sur le parquet d'une chambre aux persiennes ouvertes à travers lesquelles le vent s'engouffre gaiement pour balayer les premiers mots sur l'écran noir et blanc d'un ordinateur neurotoxique malade de sa propre neuropathie qui se tient aux aguets paranoïaque car il craint que le lapin bouilli dans la casserole de la cuisine ne s’échappe de son cercueil brûlant en volant jusqu'à lui sur un trapèze de vapeur nu comme un lagomorphe disséqué pour l'étrangler avec un pince à linge qui serait tombée de la culotte d'un célèbre footballeur qui se serait défroqué pendant un match car l'arbitre le pénalisait pour avoir été grossier suite à une panne de réveil et n'avoir pas mis de sucre dans son café.
A.S

dimanche 4 mars 2007

Laissez les morts enterrer leurs morts


Laissez les morts aller enterrer leurs morts
ne les aidez pas
laissez les morts prendre soin des morts
laissez les ensemble,
ne les servez pas.

Les morts dans leurs mains sales de morts
ont des monceaux d'argent,
ne les prenrez pas.
Les morts dans leurs cerveaux grouillants
foisonnent de mots blancs phosphorescents,
de sagesse pourrie et de sapience qui puesubtilement;
ne les croyez jamais.

Les morts sont myriades, ils ont l'air puissants.
Ils font siffler les trains, ricaner les voitures, cahoter les bateaux,
moudre les moulins encore et encore,
et vous gardent par millions aux moulins, esclaves pâles et
aveugles
pendant que ce sont là les moulins de Dieu.

C'est le grand mensonge des morts.
Les moulins de l'industrie ne sont pas les moulins de Dieu.
Et les moulins de Dieu moulent autrement, par les vents de la vie
et pour les meules.
Faites confiance aux moulins de Dieu bien, qu'ils moulent extrêment fins.
Mais comme pour les moulins de l'homme, ne leurs soyez pas attelés.

Les morts donnent des bateaux et des machines, le cinema, la radio et le gramophone,
ils envoient des avions à travers le ciel,
et ils disent, maintenant voyez! vous vivez la vrai vie!
Pendant que vous écoutez, pendant que vous regardez le film ou conduisez une voiture,
pendant que vous lisez une page sur des vaisseaux de l'air traversant l'atlantique
sauvage voyez! vous vivez la vraie vie, La vie prodigieuse!

Comme vous le savez c'est du pur mensonge,
vous tombez tous morts, cadavres pâles,
à écouter le mensonge,
crachez le.

Oh! cessez d'écouter les morts-vivants.
Ils sont simplement avides de vôtre vie!
Oh, cessez de travailler pour les morts aux dents en or;
ils sont si avides, pourtant si demunis si on ne travaille pas pour eux.
Ne soyez jamais bon pour les morts au sourires pleins de dents
ne soyez jamais bon pour les morts,
c'est se vendre à des cadavres,
à des ports répugnants, vivants et gras.

Enterrez gentiment un homme si il est couché dans la mort.
Mais avec les morts qui se promènent et parlent, et sont conventionellement persuasifs,
avec compte bancaire et police d'assurance,
ne sympathisez pas, sinon vous infectez les bébés encore à naître.

D.H Lawrence

vendredi 2 mars 2007

mardi 20 février 2007

miroirs ... mouroirs ...




j'aime, j'épouse ma mort, purifié des masses, tous rapports purifiés dans le miroir des miroirs...
Michaux

mardi 6 février 2007

Ophélie


I

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles

La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,

Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...-

On entend dans les bois lointains des hallalis.


Voici plus de mille ans que la triste Ophélie

Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir

Voici plus de mille ans que sa douce folie

Murmure sa romance à la brise du soir


Le vent baise ses seins et déploie en corolle

Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;

Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,

Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.


Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;

Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,

Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :

- Un chant mystérieux tombe des astres d'or

II

O pâle Ophélia ! belle comme la neige !

Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège

T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;


C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,

À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,

Que ton coeur écoutait le chant de la Nature

Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;


C'est que la voix des mers folles, immense râle,

Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;

C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,

Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !


Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !

Tu te fondais à lui comme une neige au feu :

Tes grandes visions étranglaient ta parole

-Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !

III


-Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles

Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;

Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,

La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud

vendredi 15 décembre 2006

angoisse opaque

Besoin de lâcher un peu les effluves dégoulinantes de ma pensée. Elle arrive opaque et dense comme l'ombre de la nuit. J'ai fermé la porte à la lumière, me plongeant dans la solitude. La voix cajolante de Barbara me caresse, frôlant mes pensées. Elle seule me tient compagnie et donne vie à la lourdeur épaisse du vide de la pièce. Je suis lasse de gueuler ma souffrance à travers ces ténèbres trop longues. Un cri que me renvoi l'écho des murs suintants l'angoisse, dégoulinants de douleur, qui se referment sur moi comme un étau. Je me suis accrochée cette pierre autour du cou qu'est la dépression. Cachée dans les plinthes, dissimulée derrière le crépi de mes murs, elle me guette, macabre, l’œil cerclé de noir, les doigts tordus pour me crocheter dans un coin. Elle m'attend sur le pas de ma porte, et moi, proie fragile, je l'évite furtivement, essoufflée déjà de cette longue course à travers la vie. Trop tard. Je suis née d'une bouche d'ombre, et n'en suis jamais sortie. C'est elle-même qui m'a injecté ce poison mortel, qui m'a noyé dans l'indicible. Je suis la chair de la chair décomposé, et fétide. Mon corps s’effrite lentement pour retrouver la décomposition qui m'a crée. Je ne suis que nausées et vomissures, je suis les moisissures dégoulinants le long de mon écueil cerclé de blanc. Je suis l’entraille des entrailles, une baudruche à enfler et désenfler. Le jouet sordide de l'infortunée qui n'a pas su m'utiliser. Lâchez l'embouchure et laissez moi m'envoler dans les cieux remplie d'air et aller cracher mon vide jusqu'au firmament. Lâche ma bouche, enlève-moi ce sein douteux de la figure, je ne veux plus de ton lait amer. ... A mère... amertume... A ! Mère tue me ... Laisse toi mourir et lâche-moi que je vive ... Je ne veux plus de ta main squelettique qui m'empoigne me tirant à toi dans ces longues déblacles nocturnes. Arrête de me fixer à travers ces cavités vides.
Je voudrais retrouver celle que je suis. Je voudrais que dans mon ventre, où pourrissent les damnés, au milieu des dépouilles, naisse une fleur. Alors je nourrirais ce bourgeon pour que pousse un lierre coloré et fleurit qui recouvre l'odeur fétide de la mort. Je voudrais qu'en moi éclose un jardin de vie qui surgisse et que sortent à travers moi toutes ces merveilles. Alors les gens me verront tel que je suis, pleine de couleurs. Une peinture inachevée mais prometteuse.
A.S